24 heures dans la vie d’un séminariste

22 février au 22 avril

Neuf maisons, une centaine de séminaristes, pour un seul Séminaire de Paris. Quelle est la vie de ces hommes qui engagent sept ans de leur vie pour devenir prêtre ? L’un d’entre eux, Paul, nous ouvre la porte de son quotidien.

Lundi matin, au Collège des Bernardins. Dans une petite salle à l’étage, une quinzaine de tout jeunes hommes assistent au cours d’exégèse biblique du P. Henry de Villefranche. Il y flotte une ambiance à la fois légère et studieuse, faite de bonne humeur, de rire et d’attention soutenue. « Comment se manifeste l’Esprit Saint ? », demande le professeur, alors qu’il commente le récit du baptême de Jésus par saint Jean. Une main se lève. « Quand Samson reçoit l’Esprit, il tue une centaines d’hommes », propose un jeune homme. « Oui. Enfin, ça, c’est un peu rustique », reprend l’enseignant en riant. Pour les séminaristes présents, les trois heures se déroulent rapidement et les font entrer dans la profondeur d’un texte où foisonnent les indices messianiques et les références à l’Ancien Testament.

Paul, 19 ans, est en première année de séminaire. Son bac en poche, il est entré à la Maison Saint-Augustin pour répondre à un appel entendu dans l’enfance. Auparavant, ce Parisien d’une étonnante maturité avait souhaité quitter son établissement privé pour trouver plus de nourritures spirituelles et des camarades « avec un fort désir d’avancer » et avait terminé sa scolarité au lycée militaire de Saint-Cyr (Yvelines).

Midi, le cours s’achève. Paul retourne déjeuner à la Maison de séminaire où il habite, à St-Séverin (5e), à quelques pas de là. À 13h, tous les habitants de la maison se retrouvent dans le réfectoire. Ou plutôt la salle à manger. Le lieu n’a rien de l’austérité monastique. Deux tables y sont dressées dans une belle pièce claire à taille humaine, qui s’ouvre sur un salon avec de nombreux canapés aux couleurs gaies. Il y flotte une bonne odeur de cuisine. « Nous avons la chance d’avoir une cuisinière qui cuisine très bien. Comme une grand-mère. C’est très agréable », avoue volontiers Paul. Aujourd’hui il est chargé, avec son binôme Thomas, du service du repas. Le responsable de la Maison, le P. Guillaume Normand, curé de St-Séverin, le charge du bénédicité. Une tâche dont il s’acquitte avec un sérieux recueilli. À sa table ont pris place deux autres séminaristes, Maxime et Théophile. On raconte la visite qui a eu lieu la veille auprès de Chaldéens de Sarcelles, on parle politique, on se taquine. On lance un énième débat sur la presse catholique. Paul se montre pondéré et réfléchi. Maxime, lui, argumente avec enthousiasme. Avant d’entrer au séminaire, il avait créé une association de débat politique qu’il a finalement laissée. « Je pouvais difficilement être séminariste et diriger une association aconfessionnelle », explique-t-il. « Tu serais devenu Maxime l’a-confesseur », conclut, amusé, le P. Guillaume Normand. L’un précise gentiment, à l’attention de ceux qui n’auraient pas saisi : « Il existe un Maxime le Confesseur… » « Voilà typiquement une blague propre à une profession », explique le P. Normand.

Après le repas, tous les séminaristes font la vaisselle puis s’installent dans les canapés pour boire le café. Certains feuillettent les journaux. Ensuite, chacun vaque à ses occupations, l’étude le plus souvent, ou parfois une tâche ménagère.

Chaque mardi après-midi, Paul est chargé du catéchisme auprès de huit CM2 de St-Séverin, qu’il accompagne dans une salle au sous-sol. En présence d’une catéchiste, il leur fait lire la parabole du semeur. « À votre avis, qu’est-ce que la graine ? » Certains enfants lèvent vivement la main. D’autres, fatigués, rêvassent. D’autres encore, énervés, s’agitent. Mais Paul continue calmement son chemin. « Il y a deux moments où je saisis pleinement le sens de mon appel, confie-t-il. Quand je fais du catéchisme et quand je sers la messe. Transmettre l’Évangile aux enfants, c’est très gratifiant. » Paul n’est pas novice dans le domaine. Il avait déjà eu l’occasion de faire le catéchisme à Saint-Cyr.

« Être prêtre, pour moi, c’est donner Dieu au monde, tout simplement. La vie de séminariste a quelque chose d’aride, car notre appel n’est pas de vivre ainsi, contrairement aux moines ou aux religieuses qui entrent tout de suite dans la vie qu’ils ont choisie. Le séminaire, c’est un peu comme des fiançailles de sept ans », constate-t-il. Et cependant, il est heureux au séminaire où il rencontre « bienveillance », atmosphère amicale et vie communautaire de prière. Ainsi que la nourriture spirituelle et intellectuelle pour être capable, ensuite, de « réaliser quelque chose de grand ». Bien que porté par un grand idéalisme, Paul garde les pieds sur terre. « La vie ici n’est pas idyllique. Nous devons vivre avec des personnes que nous n’avons pas choisies et nous ne pouvons sortir que le samedi soir et le dimanche après-midi. » Rien qui l’effraie. Le cadre, ici, est « plutôt plus lâche qu’au lycée ». Mais ce n’est pas pour cette vie-ci qu’il a tout quitté. « Je dirais, ajoute-t-il en riant, qu’être trop bien au séminaire est le signe qu’on n’a pas la vocation de prêtre ! »

Pour lui, ces sept années ne sont qu’une étape qui le mène vers son désir profond : la mission sacerdotale. Une vocation qu’il confie tous les jours à Dieu, dans son oraison, sa prière communautaire des Laudes ou de la messe à laquelle il assiste quotidiennement avec les autres séminaristes. ❏

Article de Pauline Quillon - Paris Notre-Dame n° 1657 (du 9 février 2017)

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