Accepter de dépendre d’un autre

« Celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mc 8, 34)

Sans épouse et sans enfants, sans horaires de travail et sans obligation de rendement, les prêtres pourraient sembler ne dépendre de personne.
Et pourtant,
pour porter du fruit, leur manière de vivre ne doit-elle pas être marquée par la décision de dépendre de personnes concrètes, comme le Fils éternel le vécut lui-même lorsqu’il vint en ce monde, puis tout au long de sa vie ?
En cela, il ne s’agit pas uniquement d’éviter aux prêtres les chemins dangereux de l’isolement ou de la double vie, mais il en va de la fécondité et de la sainteté de leur vie.

« Celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive »
(Mc 8, 34)
Renoncer à soi-même ne se décrète pas à coup d’actions altruistes, tout en restant le maître de sa propre vie. En ces temps où nos existences se sont beaucoup autonomisées et individualisées, il est aisé de fonctionner seul.
Un prêtre ou un séminariste peut se donner avec grande générosité, il peut collaborer dans la mission avec talent, il peut vivre joyeusement la fraternité et prier Dieu avec fidélité et d’un cœur sincère, mais sans accepter au fond de faire dépendre sa vie d’un autre, sans « s’anéantir lui-même prenant la condition de serviteur. » (Ph 2, 7)
La question n’est pas de me défausser du gouvernement de ma propre vie, au profit d’un autre, mais bien de décider de ne rien décider, ni de ne rien conduire seul. Pratiquement, chacun ne dépend pas de la même personne selon les moments et les dimensions de sa vie. Il s’agit tour à tour d’accepter de dépendre de celui qui a besoin de moi (frère, ami, vieux parent), de celui qui m’est confié dans le cadre de ma mission, ou de mes collaborateurs, et bien-sûr, de décider une bonne fois pour toute de m’en remettre à mon supérieur et à mon accompagnateur spirituel.
Le rôle de ce dernier est central. C’est pourquoi il doit être choisi au terme d’un discernement parfaitement honnête, et rencontré avec régularité.
L’accompagnateur, ou directeur spirituel, ne décide jamais à ma place, mais m’aide à passer toute chose au feu de l’Esprit. Le sérieux avec lequel l’accompagnement spirituel est vécu dans le temps du séminaire permet aux séminaristes d’entrer dans la joie de "la remise d’eux-mêmes", précisément et en toutes choses.

P. Stéphane Duteurtre
Recteur du séminaire