Itinéraire d’un prêtre

Dans cette interview, le Père Etienne de Mesmay explique son appel et témoigne de sa vie de prêtre. Son appel est unique, mais peut nous aider à répondre à certaines de nos questions.

Comment a retenti pour vous l’appel à être prêtre ?
Petit à petit, le brouillard s’est levé, pas de manière extraordinaire. Ma première communion a été marquante ; puis j’ai découvert la messe de manière imprévisible en assistant un prêtre. J’ai perçu qu’il se passait là quelque chose. A travers le scoutisme, un passage de l’évangile m’est tombé dessus. Je l’ai alors reçu comme une Parole de Dieu qui s’adresse à moi. Au moment de mon baccalauréat, je me suis demandé : "qu’est-ce que tu vas faire ?". J’ai pensé entrer au séminaire mais tout le monde a rigolé, car j’étais vraiment très jeune. J’ai attendu un peu en faisant du droit.

Qu’est-ce qui a compté dans votre vocation ?
Le scoutisme m’a énormément apporté. Il m’a dégourdi. Nous étions cinq enfants, mais j’étais le dernier. J’étais comme un fils unique en raison du décalage. Par ailleurs, je n’ai pas connu la vie paroissiale. Je ne suis entré dans une paroisse qu’en étant séminariste car, avec mes parents, nous allions à la messe à la chapelle espagnole rue de la Pompe, à Paris.

Quels ont été vos début comme prêtre ?
J’ai été nommé d’abord aumônier dans l’enseignement public, puis dans l’enseignement privé. A Gerson, nous étions vingt-deux prêtres. Chaque directeur de division avait un niveau. Nous n’avions pas beaucoup d’élèves. Nous connaissions bien les collégiens et pouvions les aider à découvrir certaines choses, mais on ne pouvait pas aimer à leur place.

Sanctifier, pour un prêtre, qu’est-ce que cela signifie ?
C’est moins nous qui sanctifions que Dieu qui nous sanctifie. Tous les sacrements viennent de Dieu. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit agissent ensemble dans chaque sacrement. Le saint vit une relation d’amour parfaite et totale avec Dieu. Dans sa Passion, Jésus aime dans des situations où cet amour est difficile : la trahison de Judas, le reniement de Pierre, la torture des bourreaux... Il met à notre disposition son Esprit en vue d’un amour identique dans des circonstances différentes. Le prêtre est au service de ce mystère pascal pour que tous soient tout entiers Amour.

Et la charge de gouvernement dans votre vie ?
De manière étonnante, je n’ai jamais vraiment exercé de charge de gouvernement. Je n’ai jamais été curé. J’ai été pendant quatre ans secrétaire du Cardinal Lustiger, puis père spirituel à la maison Saint-Augustin. J’ai davantage enseigné et aidé des séminaristes à se connaître eux-mêmes.

On dit que vous êtes un passionné de Saint-Paul...
Je suis allé partout où Saint Paul a posé un pied : au départ, en voiture avec un ami depuis Paris pendant les vacances d’été ; ensuite, avec le Père Thomas Kowalski qui m’a ouvert à l’intelligence des Ecritures. Cela m’a beaucoup amusé. Après plusieurs années à l’Ecole Cathédrale, j’ai rédigé un ouvrage sur la Turquie qui n’est ni un guide ni une analyse des épîtres. Je ne le regrette pas.

Et le ministère auprès des séminaristes ?
Ce n’est pas un ministère facile. Il faut d’abord être attentif à eux. Il n’y a pas d’appareil de mesure pour évaluer s’ils sont appelés ou non à être prêtre. Ayant fait le pas du séminaire dans le contexte actuel, ils sont nécessairement accrochés. Ils doivent néanmoins vivre leur vocation comme la réponse à un appel et non parce que le sacerdoce les attire.

Quelle était votre phrase d’ordination ?
"Donner Dieu aux autres et les autres à Dieu". Avec le recul, c’est une phrase très abstraite. Elle peut seulement signifier qu’on se donne un rôle magnifique. Charles de Foucauld m’a appris par la suite qu’on se met sur le chemin du salut en entrant dans la Passion de Jésus. Lorsque nous disons à la messe "Faites ceci en mémoire de moi", nous acceptons avec Jésus de livrer notre corps et de verser notre sang. Comme Jésus, nous remettons notre vie au Père et nous le faisons pour les hommes en espérant au bout la résurrection.

Interview paru dans la revue "Vocations - N° spécial 2014 pp. 33-35, le Maître t’appelle"’.