La Strada : une maison du Séminaire à Bruxelles

Depuis plus de vingt ans, l’archevêque de Paris envoie des séminaristes choisis se former auprès de l’Institut d’Etudes Théologiques (IET) de Bruxelles. Ils résident dans la Maison Notre-Dame de la Strada.

La communauté est composée d’une quinzaine de séminaristes parisiens, toutes années confondues, sous la responsabilité de deux prêtres du diocèse. A l’IET, les séminaristes côtoient des étudiants de tous horizons, parmi lesquels de nombreux séminaristes d’autres diocèses de France et de la Communauté de l’Emmanuel.

Les temps forts de l’année sont cependant vécus… en France où les séminaristes retournent environ deux fois par trimestre, pour les grandes fêtes liturgiques (Noël et semaine Sainte) et pour les ordinations diaconales et sacerdotales.

Une des originalités de cette maison vis-à-vis d’autres lieux de formation est que les cycles ne sont pas distingués. Celui qui entre à la Strada y passe donc entre 2 et 5 ans. Il peut venir par exemple pour un premier cycle de deux ans ou toute sa formation de base (5 ans), pour faire une maîtrise (licence canonique) ou encore un doctorat.

Il n’y a pas vraiment de profil type : l’un y va parce qu’il a besoin de prendre un peu de recul par rapport à son entourage parisien, un autre pour enraciner davantage sa théologie dans l’Écriture... les raisons sont diverses et dépendent de chacun...

Paris Notre-Dame, dans son n° 1532 du 26 juin 2014, a consacré un article à Notre-Dame de la Strada (rédactrice : Ariane Rollier)

Fondée il y a trente ans à l’initiative du cardinal Jean-Marie Lustiger, la maison Notre-Dame de la Strada accueille chaque année une dizaine de séminaristes parisiens en formation. Paris Notre-Dame s’est rendu en Belgique pour visiter ces lieux par lesquels sont passés nombre de prêtres du diocèse.

En plein cœur de Bruxelles, dans le quartier d’Etterbeek, Notre-Dame de la Strada se présente comme une maison bourgeoise sur plusieurs étages avec son salon, son oratoire, ses chambres, son coquet jardin et, bien sûr, le bureau du responsable de maison, le P. William-Jean de Vandière.

À l’entrée, après avoir franchi la porte, une icône de la Vierge dont le lieu porte le nom accueille avec bienveillance celui qui se présente. L’ambiance est calme et toute propice à la réflexion et à la prière. Dans le salon, au rez-de-chaussée, un séminariste travaille sur son ordinateur portable. Plus tard, une équipe mettra le couvert dans la pièce attenante, pendant que d’autres s’occuperont du jardin. Ici, chacun est chargé d’un service et tout le monde met la main à la pâte, comme dans une vie de famille. « Nous fonctionnons comme une maison du séminaire à Paris », explique, fort de son expérience de responsable de la Maison Saint-Séverin (5e), le P. de Vandière, supérieur de la Strada depuis bientôt quatre ans. Ce qui fait la différence, c’est d’être à la fois à l’étranger et situé à deux pas du lieu de formation, le célèbre I.E.T. (Institut d’études théologiques) fondé et tenu par les jésuites.

S’extraire un temps du milieu parisien
« Je suis très content de m’extraire du milieu où j’ai grandi, à Paris. Le fait de s’éloigner permet de mieux situer le lieu où l’on se donne », confie Paul, 27 ans, en 3e année de théologie. Pour celui qui sera ordonné diacre en vue du sacerdoce en septembre, l’environnement bruxellois, au calme et sans les distractions parisiennes, favorise le travail. Pour le P. de Vandière, « la maison de la Strada est une vraie chance pour le diocèse de Paris : elle permet de changer d’air, tout en étant dans un climat de confiance, du fait des bons rapports avec l’I.E.T. ». Ces années à Bruxelles sont l’équivalent « d’un Erasmus du séminaire ». Elles présentent en tout cas plusieurs avantages : permettre à ceux qui en ont besoin, de prendre du recul par rapport à Paris et offrir à la fois une ambiance « intégraliste », avec un lieu de formation très proche, où les séminaristes se sentent comme chez eux et peuvent très simplement rencontrer les professeurs, et un climat plus détendu qu’à Paris… Quel que soit le stade du cursus, la proposition convient : les étudiants sont aussi bien en première année de philosophie qu’en dernière année de théologie. Il y a même régulièrement parmi eux un prêtre tout juste ordonné qui termine ses études. C’est le cas du P. Philippe Néouze, qui finit sa maîtrise de théologie. Par sa présence, son écoute et ses conseils bienveillants, il est un appui pour les plus jeunes qui vivent avec lui. Ordonné il y a un an, le jeune prêtre apprécie le climat particulièrement familial de la Strada, où les séminaristes se retrouvent régulièrement pour prier et prendre leurs repas. L’ambiance de l’I.E.T., plus petit que le Collège des Bernardins, lui convient tout autant. « Outre les cours, nous y avons chaque semaine un rendez-vous obligé : la messe de midi du vendredi, suivie d’un déjeuner avec les autres étudiants. » Parmi eux, essentiellement les séminaristes de Notre-Dame de la Providence, maison de l’Emmanuel à Bruxelles, et de Sainte-Thérèse, maison contiguë à la Strada accueillant des jeunes de plusieurs diocèses de France. Avec eux, ils partagent les cours, dispensés surtout sous la forme de « séminaires » proactifs favorisant la saine émulation, et quelques activités sportives. Car l’un des avantages d’être en Belgique, quitte à exercer temporairement moins d’activités pastorales, c’est aussi cela : pratiquer des sports divers (aviron, tennis, vélo en forêt) plus facilement qu’à Paris. Ainsi un Parisien pur souche, à défaut de vouloir spontanément « s’exiler » quelque temps, peut se trouver heureux de l’autre côté de la frontière.

Un peu d’histoire

Tout commence par une histoire d’amitié entre le cardinal Jean-Marie Lustiger (1926-2007) et le Père jésuite Albert Chapelle (1929- 2003), fondateur de l’Institut d’Études Théologiques (I.E.T.) de Bruxelles. En appréciant le modèle original du cursus – dont la Faculté Notre-Dame s’inspire – et la qualité de l’enseignement, l’archevêque de Paris décide d’acheter une maison à Bruxelles pour y envoyer des séminaristes parisiens. En 1983, Notre-Dame de la Strada ouvre ainsi ses portes. Dans un premier temps, les étudiants se trouvent sous la houlette de Pères jésuites de l’I.E.T. Ce n’est qu’en l’an 2000 que la responsabilité de la maison est confiée à un prêtre du diocèse de Paris, à commencer par le P. Jacques Ollier, suivi du P. Roger Tardy, et, enfin, du P. William-Jean de Vandière. Notre-Dame de la Strada est canoniquement l’antenne belge du séminaire de Paris, à laquelle son supérieur et le vicaire général en charge de la formation rendent régulièrement visite.

Zoom sur l’Institut d’Études Théologiques

« La méthode pédagogique proposée par l’I.E.T. est originale, souligne son président le P. Thierry Lievens, s.j. Ici, l’étudiant s’engage ou s’ennuie. » En effet, fort de son principe fondateur : la théologie naît du dialogue, l’Institut ne met pas l’accent sur les cours magistraux. Il fonctionne selon la formule des “séminaires”, où alternent des séances de travail en groupes, constitués d’étudiants de niveaux variés, et des séances générales, où l’exposé est suivi d’un échange. Autre spécificité du cursus théologique : il est construit à partir d’une demande du concile Vatican II de faire « de l’Écriture Sainte l’âme de la théologie », remise en valeur par le cardinal Henri de Lubac (1896-1991). L’accès au quadruple sens – littéral, christologique, moral et eschatologique – s’opère à travers les séminaires qui sont eux-mêmes de quatre types. Enfin, chaque étudiant est accompagné et son programme personnalisé. Aujourd’hui, l’I.E.T. compte 71 étudiants réguliers et 20 professeurs, à la fois d’excellent niveau et très disposés à leur accompagnement.

Contact : Institut d’Études Théologiques, boul. Saint-Michel, 24, 1040 Bruxelles.
Tél. : 00 32 2 739 34 51.
Plus d’infos sur www.iet.be