La force de la prière : témoignage d’un séminariste

« "Dieu est mon libérateur, le rocher qui m’abrite" (Ps 17, 3) : qui a fait un jour cette expérience découvrira combien elle est à la fois puissante et fragile. Fragile, parce que l’édifice de ma foi risque toujours de se lézarder : j’oublie qui m’appelle et m’arrache au mal, je compte trop sur mes propres forces. »

Seule la vie de prière peut consolider ce fragile édifice en permettant au Seigneur d’agir lui-même pour étendre son règne en moi : elle est l’œuvre de Dieu. Elle ne devrait donc pas se réduire à telle ou telle pratique mais irriguer toute ma vie de séminariste. La vie liturgique en est la source absolue : le Christ s’y rend présent pour nous ouvrir à l’intelligence des Écritures et nous faire participer à sa mort et sa résurrection ; avec une merveilleuse pédagogie, la liturgie de l’Église nous apprend très concrètement l’adoration. Tout s’ordonne donc autour de ce centre mais, au fil des ans, je perçois mieux la nécessité absolue pour cette croissance spirituelle d’un temps gratuit consacré à l’oraison silencieuse. Une heure chaque jour : c’est le temps qu’il me faut, à moi qui ne suis pas un ange mais un homme, pour me rendre vraiment disponible à l’action de Dieu.

La prière est une rencontre personnelle avec le Christ. Or, pour rencontrer quelqu’un, il faut apprendre à le connaître. La méditation de l’Écriture est ici d’un grand secours : avec elle, j’essaye de contempler la manière dont Dieu agit, quitte à être surpris. Dieu éduque son peuple au désert : suis-je prêt à entrer dans cette logique ? Suis-je prêt à reconnaître le Seigneur humilié, bafoué et crucifié ? Est-ce que je mesure la profondeur de l’amitié qu’il me promet ? Est-ce que j’entends l’appel pressant et aimant que me lance la Parole de Dieu depuis le premier commencement ?

Pour rencontrer quelqu’un, il faut aussi, et surtout, apprendre à aimer . Cet amour, c’est d’abord le désir fou que je porte d’imiter le Christ de toutes mes forces. Mais pour aimer réellement, il faut accepter d’avoir le cœur mis à nu. Et c’est là une vraie conversion. Je voudrais souvent me présenter au Christ avec des arguments solides, mes bons désirs, mes belles pensées et mes belles actions, la puissance de ma volonté. Mais ce sont là autant d’obstacles à son amour, qui veut toucher et guérir ce qui m’empêche d’aimer vraiment, le péché.

Lorsque je vais à l’oratoire, je n’ai pas particulièrement l’impression d’être branché sur une prise à 10 000 volts ni de devenir subitement un mystique génial : aucune force magique ne vient supprimer mes difficultés ; au contraire, le silence et le dénuement me décapent. C’est là pour moi une excellente nouvelle : mis à nu et détaché de ses fausses certitudes, le cœur s’adoucit et s’oriente plus aisément vers Celui qu’il cherche. Il commence à connaître le mystère qui se cache dans la vie de Jésus et à accepter l’amour miséricordieux du Père.