Père Bruno Guespereau : un père pour les ados

Portrait paru dans Paris Notre-Dame le 24 juin 2010.

Ordonné il y a cinq ans, le P. Bruno Guespereau est depuis lors vicaire à N.-D.de Lourdes (20e) et aumônier du Haut-Ménilmontant. Aux côtés du P. Stéphane Esclef, son curé, il remplit une mission riche et exigeante, dans un quartier qui a besoin de soutien et d’écoute. Auprès des jeunes, il incarne la figure du père.

C’est par une prière à la Vierge, devant la statue de Notre-Dame de Lourdes exposée à l’entrée de l’église moderne du 20e arrondissement, que le P. Bruno Guespereau commence chacune de ses journées. « Je lui confie les personnes que je rencontre, je lui demande d’intercéder pour ceux qui souffrent », explique le prêtre de 39 ans. Comme cette femme, croisée le matin même, au bord de la crise de nerfs, en raison d’un voisinage qui la violente.

Surpris d’être nommé vicaire à N.-D. de Lourdes, petite paroisse qu’il connaissait mal en 2005, il y voit aujourd’hui la trace de la Providence. Découvrant la personnalité du P. Esclef, avec lequel il dit former un binôme « un peu curieux, mais qui se complète bien », il s’est familiarisé avec la réalité du quartier, multicolore. Pour lui, être prêtre c’est d’ailleurs avant tout « vivre au rythme de la culture de la communauté » vers laquelle il est envoyé. « J’épouse ce que les gens vivent ici », confie-t-il humblement, mentionnant toute sorte de pauvretés – matérielles, financières, intellectuelles, sociales, humaines, etc. –, mais aussi des richesses – la foi vivante de ses paroissiens –.

Parmi eux, un groupe lui tient particulièrement à coeur : celui des ados, dont il a la responsabilité en tant qu’aumônier des jeunes du Haut-Ménilmontant. « Cette année, nous avons 110 jeunes à l’aumônerie, 52 ont reçu le sacrement de la confirmation, et 17 sont au catéchuménat », lance- t-il, satisfait. Mais ce ne sont pas tant les statistiques qui l’intéressent, que le fait de voir ces jeunes s’impliquer et grandir dans la foi. « Le prêtre n’est pas là pour faire des études sociologiques. Ce qui compte, c’est d’accueillir les gens qui viennent tels qu’ils sont. »

Plutôt que de rabâcher aux ados de venir à la messe du dimanche, le P. Guespereau préfère ainsi agir par réseau, en encourageant ceux qui viennent à amener leurs amis. Et cela fonctionne ! Dans sa paroisse, pas de messe spéciale pour les jeunes : ils sont conviés à se mêler aux autres paroissiens. Une centaine d’entre eux se sont d’ailleurs portés volontaires pour prier pour les confirmands de cette année.

« Je pense vraiment que l’Esprit Saint est à l’œuvre », souligne le Père à l’allure discrète. En tout cas, il ne cesse de l’invoquer. Notamment quand il envoie ses jeunes en mission d’évangélisation dans le quartier : une nouveauté qu’il encourage, en particulier dans un univers où les témoins de Jéhovah ne cessent d’envahir la rue ou le marché.

Surtout, ce qui compte pour lui, c’est d’assumer avec justesse sa paternité. Quand les jeunes l’appellent « Père Bruno », il sait ce qu’il y a derrière ce mot : 80% d’entre eux n’ont pas leur père à la maison. Il confie d’ailleurs prier saint Joseph pour bien vivre sa paternité. Et d’avouer, souriant, être heureux de s’occuper des ados. « D’accord, ils parlent fort, ils ne sont pas toujours faciles à canaliser, certains sont roublards… Mais ils font plaisir à voir ! » Il dit leur faire confiance, leur apprenant doucement à faire de même. « Je leur raconte des histoires : celles des saints, des miracles, de l’Église. » Et d’ajouter, touché, « eux m’en racontent autant : comme celles d’une prière dans leur famille, qui a débloqué une situation délicate ».

Paris Notre-Dame du 24 juin 2010, propos recueillis par Ariane Rollier.