Père Derek Friedle : « La foi m’a été donnée »

Article extrait de la revue Vocations Ile de France, n°188, mars 2014. Propos recueillis par Geneviève de Saint-Pern.

Derek Friedle a été ordonné prêtre en juin 2011. Rien ne semblait pourtant destiner ce jeune Allemand à choisir cette voie. Il nous raconte comment il s’est engagé après avoir été évangélisé...

J’ai grandi à Stuttgart dans une famille allemande et protestante. Nous étions tous baptisés mais seule ma grand-mère pratiquait. C’est elle qui nous a appris à prier ma sœur et moi, et il m’arrive de redire la courte consécration qu’elle nous faisait dire le soir lorsque nous dormions chez elle.

De la moutarde à Eurodisney

J’ai suivi les cours de religion – obligatoires en Allemagne – et j’ai même fait ma confirmation par amour pour ma grand-mère, car je trouvais la démarche incohérente et même un peu hypocrite. Pourtant je me souviens encore de l’Évangile de ce jour-là, celui de la graine de moutarde qui devient un arbre. J’ai ensuite rangé Dieu au placard et je me suis lancé dans le sport et l’équitation. En avril 1992, le parc Eurodisney ouvrait ses portes à Marne-la-Vallée. Quelques mois auparavant, Disney avait lancé une campagne d’embauches dans toute l’Europe, j’avais tenté ma chance et j’avais été recruté pour l’accueil des visiteurs.
Après quelques mois j’ai pu rejoindre la division spectacle où j’ai fait la connaissance de Pascal. Petit, il avait une très grande foi qu’il avait lâchée au début de sa vie professionnelle et qu’il retrouvait peu à peu. Dans les loges, à la cantine, pendant et entre les répétions, nous avions pas mal de temps pour bavarder et il avait des sujets de conversation différents de la plupart de mes autres collègues. De mon côté, je sentais que j’arrivais à un moment charnière de ma vie et je ressentais un vide, une soif que je ne savais exprimer.
Un jour, Pascal arrive avec à la main un livre sur les apparitions de la Vierge Marie dont il avait visiblement envie de nous parler et, comme il était plutôt sympa, je l’ai écouté. Je me suis alors dit que ce type, avec sa Sainte Vierge et sa foi, avait peut-être raison, qu’il avait pris la bonne route car je voyais bien autour de moi que beaucoup avaient choisi de mauvaises voies. « Je me suis tout de suite senti à ma place. »

Vers Dieu par Marie

Assez vite, Pascal est devenu un bon ami et, pendant l’Avent, il m’a invité à rejoindre un groupe de prière mariale qui se réunissait chez lui tous les matins avant de partir au boulot. C’était très simple et fervent, nous méditions le rosaire en partageant des intentions, chacun animant à tour de rôle. Je me suis tout de suite senti à ma place et j’ai reçu là comme un catéchisme condensé !
Quelques temps après, Pascal me téléphone et me propose d’aller à la messe. Veni, vidi, victus fui : je suis venu, j’ai vu… j’ai été vaincu ! Là, tout naturellement, comme une évidence, la foi m’a été donnée et j’ai cru en l’eucharistie et en la présence réelle. À partir de cette messe, je suis devenu catholique dans mon cœur, même si ce n’est que l’été suivant, en discutant avec des religieuses, que j’ai appris qu’il fallait faire une démarche « d’entrée officielle dans l’Église catholique ». Entrée que j’ai faite le 26 août 1996, jour de la saint Barthélémy. N’est-ce pas le comble pour un protestant ?
À cette époque, des Landes aux Vosges, peu importe où je me rendais, je trouvais toujours une église ouverte, la possibilité d’aller à la messe, de me joindre à un groupe de prière ou à un chapelet médité... La fidélité à la foi de chrétiens de toute la France et toutes ces églises ouvertes et vivantes ont été de nombreux signes qui m’ont édifié et fortifié dans la foi catholique et m’ont permis de creuser, dans la confiance, l’appel à devenir prêtre. « La graine de moutarde a poussé, elle est devenue un arbre » (Lc 13,19).