Père Pascal Genin : un pasteur à la barre

Portrait paru dans Paris Notre-Dame le 1er avril 2010.

Après avoir été longtemps prêtre au sein de la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (FMPV), le P. Pascal Genin est depuis trois ans curé de la paroisse Ste-Geneviève des Grandes Carrières (18e). Avec toujours le même souci de faire vivre la communauté chrétienne.

Avec sa chasuble couvrant son mètre quatre-vingt-dix, le P. Pascal Genin pourrait impressionner, s’il n’y avait dans son regard comme dans ses gestes, une douceur dont on ne sait pas très bien si elle incombe à la fragilité ou à la modestie du personnage. A la sortie de la messe de 9h30, il salue la vingtaine de paroissiens – surtout des paroissiennes – qui quittent la chapelle de semaine. Pour certaines, un compliment sur leur façon de chanter et une invitation à rejoindre la chorale, pour d’autres quelques échanges sur les catéchèses à venir.

Au service d’une communauté
« Avant d’être au service d’individus, nous sommes d’abord, en tant que prêtres, au service d’une communauté qu’il faut garder en paix », explique-t-il. « C’est un lieu d’amitié spirituelle étonnant où une communauté se réunit à l’appel du Christ, dépassant les clivages sociaux », constate-t-il, émerveillé par l’alchimie qui s’y opère. « Comme si cela reposait sur l’invisible. » Mais attention, « il en faut peu pour que la barque prenne l’eau. Car une paroisse est toujours fragile, souligne-t-il, il faut constamment appeler des personnes à prendre une part active et dès qu’on s’endort, ça faiblit. »

Le travail que l’on se donne
Pour celui qui fut durant quinze ans prêtre au sein de la FMPV – à N.-D. de la Croix (20e), à Fontenay-sous-Bois (Val de Marne) puis à Franconville (Val d’Oise) –, cet aspect communautaire est essentiel. Pourtant, n’attendez pas qu’il vous la présente comme la solution miracle : « Quand tout va bien, c’est magnifique, mais parfois ce n’est pas si facile car elle suppose un peu d’amitié qui n’est jamais garantie… » Cela dépend beaucoup de la personnalité de chacun des pasteurs : certains préféreront prendre un repas en dix minutes pour consacrer leur temps à une besogne de la paroisse, d’autres consacreront bien volontiers trois quarts d’heure à un déjeuner à la table commune.
Ah, le temps ! Les curés courent justement après, sollicités par une multitude de tâches : la catéchèse, les mariages, la visite aux personnes âgées auxquelles le P. Pascal tient beaucoup. Très philosophe, il estime pourtant : « Nous ne sommes pas plus à plaindre que des pères ou des mères de famille qui rentrent chez eux à pas d’heure pour entamer une seconde journée à s’occuper de leurs enfants. » Avant d’ajouter : « C’est comme partout, vous avez le travail que vous vous donnez. »

Un temps d’oraison commune
Et puis, il y a la prière et ces points de repères qui jalonnent la journée, comme les offices, l’oraison et la lecture de la Bible. Chaque jour, il rejoint ses deux vicaires ; tous trois se retrouvent pour un temps d’oraison commun : « C’est pour nous un encouragement mutuel, et cela fortifie une amitié spirituelle, c’est très important. »
Essentiel également, pour avancer dans la durée. Car dans une société où l’engagement est perçu comme une contrainte, le prêtre apparaît bien singulier. Le curé de Ste-Geneviève, à bientôt 50 ans, témoigne : « On peut passer sa vie à se poser des questions ! Mais quelque part, poser un choix apporte une paix certaine. L’engagement définitif, c’est aussi très libérant. On repose sa vie entre les mains d’un Autre. » Et d’ajouter, une tendresse dans le regard : « Ne pas tout décider, ce n’est pas mal non plus… »

Paris Notre-Dame du 1er avril 2010, propos recueillis par Guillaume Desanges.