Père Robert d’Anglejan : un prêtre aux mains vides

Portrait paru dans Paris Notre-Dame le 11 février 2010.

Le P. Robert d’Anglejan est aumônier à l’hôpital Saint-Joseph (14e). Auprès des personnes en grande souffrance, ses mains nues sont sa plus grande force.

Sur la table de la petite pièce dans laquelle il reçoit, pas de livre, pas de papier, pas de crayon, juste un téléphone. Aumônier à l’hôpital Saint-Joseph (14e) depuis cinq ans, le P. Robert d’Anglejan prévient ses visiteurs : « Je peux être appelé à tout moment. Le Seigneur n’attend pas. » Les appels les moins urgents sont reçus par une religieuse. Mais les demandes de sacrement lui sont immédiatement transmises. « La personne malade peut avoir le désir de se confesser depuis bien longtemps. Il faut alors se rendre à ses côtés sans tarder », poursuit l’aumônier, d’une voix douce et posée.

Dieu agit

Lorsqu’il a été nommé aumônier à St-Joseph, après avoir été curé au Cœur eucharistique de Jésus (20e), le P. d’Anglejan avait quelques projets pour son nouveau ministère. Mais très vite, ce prêtre a dû se rendre à l’évidence : à l’hôpital, on ne sait pas de quoi sera faite la journée. « Au fil des jours, je me rends compte que c’est Lui, le Seigneur qui agit. » Et de raconter, avec les yeux d’un témoin émerveillé, ce qu’il entend dans ce lieu où l’on souffre. « Je me souviens de cette personne qui me dit un jour : “Je n’arrive plus à prier. Mais je viens de comprendre que lorsqu’on ne peut plus prier, c’est le Christ qui vient prier en vous.” »

Dépouillement

A écouter ce prêtre à l’allure discrète, on aurait presque l’impression que la mission d’un aumônier d’hôpital est facile : elle ne consisterait qu’à se faire le témoin de l’action de Dieu. Il ne faut pas s’y tromper. Pour que le Christ agisse, le P. d’Anglejan sait qu’il lui faut d’abord apprendre à s’effacer. « Le prêtre est celui que le Christ dépouille pour faire couler sa vie dans ses mains vides », explique t-il. Et de préciser : « Le ministre du Christ révèle l’amour du Père à ceux qu’il accueille, il est pour ses frères le visage du Christ [1]. »

« Suis-moi. »

C’est avec le mystère de l’Eucharistie et les sacrements, la prière et l’écoute de la Parole, qu’il cite d’ailleurs abondamment, que le P. d’Anglejan, prêtre depuis dix-huit ans, nourrit sa vie spirituelle. Parfois aussi, il lui arrive d’être vivement interpellé par les personnes malades qu’il côtoie. Ce fut le cas à Pâques 2009. Appelé auprès d’une femme atteinte d’un cancer, il s’entend dire en ouvrant la porte : « C’est inutile de venir, je ne crois plus. Ou bien Dieu est sadique, ou bien il est fou, s’il existe ! » L’aumônier n’insiste pas. Il écoute, avant d’évoquer les Évangiles de Pâques. Puis, subitement, la femme lui demande : « Vous êtes sûr qu’il est vivant ? » Puis, une deuxième fois : « Vous êtes certain qu’il est vivant ? » Puis, une troisième fois : « Vous êtes absolument sûr qu’il est vivant ? Alors donnez-moi tous les sacrements. » Dans le cœur du prêtre, ces paroles résonnent comme une évidence : elles rappellent l’Évangile de saint Jean (21, 15-17), dans lequel Jésus demande trois fois à Pierre s’il l’aime. Avant de lui dire : « Suis-moi ».

Paris Notre-Dame du 11 février 2010, propos recueillis par Bénédicte Hériard.


[1Cf. Rituel de la pénitence et de la réconciliation, n°22.